Le bon influenceur santé dépend d’abord de l’objectif, de la cible et du sujet de la campagne. Un médecin spécialiste peut être pertinent pour expliquer une pathologie, un pharmacien pour aborder le parcours officinal et un infirmier pour témoigner des réalités du soin. Mais la profession ne suffit pas : il faut également vérifier la qualification du créateur, la composition de son audience, sa légitimité éditoriale, les formats qu’il maîtrise et la faisabilité réglementaire de la collaboration.
Autrement dit, le nombre d’abonnés ne devrait intervenir qu’après ces critères. Pour une entreprise de santé, le véritable enjeu consiste à sélectionner une adéquation entre un profil et une mission, et non la personnalité la plus visible.
Professionnel de santé, créateur santé ou KOL : de qui parle-t-on ?
La première difficulté du casting vient du vocabulaire. Les termes « influenceur santé », « professionnel de santé créateur de contenu » et « KOL » recouvrent des réalités différentes.
Un professionnel de santé exerce une profession définie par le Code de la santé publique. Son identité, sa profession, ses diplômes, sa spécialité et sa situation d’exercice peuvent notamment être contrôlés dans l’Annuaire Santé. Cette vérification ne renseigne toutefois ni sur la qualité de ses contenus, ni sur son audience, ni sur son aptitude à collaborer avec une marque.
Un créateur santé publie des contenus relatifs à la santé, sans nécessairement exercer une profession réglementée. Un patient expert, un chercheur, un entrepreneur en e-santé ou un enseignant en activité physique adaptée peuvent ainsi apporter une expertise utile sans devoir être présentés comme médecins ou soignants.
La notion d’influence commerciale répond, quant à elle, à une définition légale. Elle concerne les personnes qui, à titre onéreux, mobilisent leur notoriété auprès de leur audience afin de promouvoir par voie électronique un bien, un service ou une cause. Un médecin qui réalise bénévolement des vidéos pédagogiques n’est donc pas automatiquement un influenceur commercial. Cette distinction résulte de l’article 1 de la loi du 9 juin 2023.
Enfin, un KOL — ou key opinion leader — tire principalement sa légitimité de sa reconnaissance scientifique ou professionnelle. Il peut être très influent auprès de ses pairs sans posséder une communauté importante sur Instagram ou TikTok. À l’inverse, un créateur très suivi n’est pas nécessairement reconnu comme un leader d’opinion dans sa spécialité.
Les cinq critères à fixer avant de chercher un influenceur santé
Avant d’étudier des comptes ou des statistiques d’audience, cinq éléments doivent être clairement définis.
1. La nature du sujet
Une campagne institutionnelle sur la prévention, une communication autour d’un service de e-santé et la présentation d’un dispositif médical ne soulèvent pas les mêmes questions. Le produit, son statut et la finalité promotionnelle ou informative du contenu influencent directement les profils mobilisables.
2. La cible réelle
Il faut distinguer le grand public, les patients, les aidants et les professionnels de santé. Le métier du créateur ne permet pas de déduire celui de ses abonnés : un médecin peut disposer d’une audience presque exclusivement grand public.
Une publication accessible à tous sur Instagram ou TikTok ne devient pas un canal réservé aux professionnels de santé parce que son contenu est technique. Pour une campagne B2B, la composition de l’audience doit être documentée.
3. L’objectif de la campagne
Notoriété, sensibilisation, pédagogie, participation à un webinar, engagement d’une communauté professionnelle ou génération de contacts nécessitent des qualités différentes. Un créateur performant en vidéo courte ne sera pas automatiquement le meilleur intervenant pour animer une conférence scientifique.
4. Le format et le canal
Reel, interview longue, série LinkedIn, podcast, webinar ou intervention sur un congrès ne sollicitent pas les mêmes compétences. Le casting doit intégrer l’aisance orale, la capacité de vulgarisation, la qualité de production et la maîtrise du format attendu.
5. La faisabilité
Le choix doit enfin tenir compte de la profession du talent, de la catégorie du produit, de la cible, des allégations prévues et du processus de validation de l’annonceur.
À La Perle Digitale, ces cinq dimensions sont cadrées avant la présélection. Commencer par une liste de noms conduit trop facilement à retenir les profils les plus visibles ou disponibles, plutôt que ceux qui répondent réellement au besoin.
Quel professionnel de santé choisir selon la campagne ?
Il n’existe pas de correspondance automatique, mais plusieurs associations sont généralement cohérentes.
| Objectif de campagne | Profils envisageables | Formats possibles | Vérifications prioritaires |
|---|---|---|---|
| Prévention grand public | Médecin généraliste ou créateur habitué à la vulgarisation | Vidéo courte, interview, live | Légitimité sur le sujet, pédagogie, audience grand public |
| Pathologie ou spécialité précise | Médecin spécialiste ou KOL créateur | Webinar, interview, congrès, série LinkedIn | Spécialité, audience professionnelle, qualité scientifique |
| Parcours officinal et bon usage | Pharmacien | Vidéo pédagogique, webinar, contenu professionnel | Produit, finalité, déontologie, audience officinale |
| Soins et expérience terrain | Infirmier hospitalier ou libéral | Témoignage métier, vidéo, événement | Confidentialité, employeur, audience, règles ordinales |
| Rééducation, mouvement et équipement | Kinésithérapeute | Démonstration, série vidéo, formation | Allégations, pratiques présentées, public professionnel ou sportif |
| Santé bucco-dentaire | Chirurgien-dentiste | Prévention, démonstration, contenu B2B | DM, communication professionnelle, audience dentaire |
| Périnatalité et santé des femmes | Sage-femme ou médecin spécialiste | Vidéo pédagogique, live, webinar | Public sensible, exactitude médicale, catégorie du produit |
| Nutrition | Diététicien ou médecin qualifié | Pédagogie, interview, programme éditorial | Diplôme, allégations, qualification exacte |
Pour sensibiliser largement le grand public
Un médecin généraliste ou un professionnel habitué à la vulgarisation peut apporter une vision transversale, employer un langage accessible et traiter des sujets de prévention. Ce profil est adapté aux campagnes institutionnelles, aux parcours de soins ou à la lutte contre les idées reçues.
Sa polyvalence ne remplace cependant pas l’expertise d’un spécialiste lorsque le sujet porte sur une pathologie, une population ou une prise en charge précise.
Pour traiter une pathologie ou toucher des professionnels de santé
Un médecin spécialiste ou un KOL créateur sera généralement plus pertinent pour un contenu scientifique, une interview approfondie, un webinar ou une prise de parole lors d’un congrès.
Pour une campagne B2B, il faut néanmoins vérifier que le profil touche réellement ses pairs. Cette preuve peut venir de données natives, de la nature des commentaires, de sa communauté LinkedIn, de ses participants aux webinars ou de son implication dans des réseaux professionnels.
Pour parler de pharmacie et de bon usage
Le pharmacien peut intervenir sur la prévention, l’éducation médicamenteuse, le parcours officinal ou les enjeux professionnels de la pharmacie.
Depuis mars 2026, le Code de déontologie des pharmaciens distingue plus explicitement information et publicité. Il autorise notamment une communication éducative scientifiquement étayée, mais l’analyse doit tenir compte du produit, de la finalité du contenu et des règles applicables. Le décret du 3 mars 2026 doit donc être examiné avant toute collaboration.
Pour montrer les réalités du soin ou l’utilisation d’un équipement
Les infirmiers, kinésithérapeutes, chirurgiens-dentistes et autres professionnels directement confrontés au terrain peuvent être particulièrement crédibles pour parler de parcours de soins, d’organisation, de recrutement ou d’équipements professionnels.
Leur participation impose cependant des vérifications supplémentaires : secret professionnel, absence d’éléments permettant d’identifier un patient, autorisation éventuelle de l’employeur et compatibilité du partenariat avec les règles de la profession.
Les recommandations adoptées par l’Ordre national des infirmiers le 15 janvier 2025 rappellent notamment l’interdiction de recourir à des partenariats commerciaux pour augmenter la visibilité professionnelle de l’infirmier sur les réseaux sociaux. La portée de cette règle doit être examinée pour le projet envisagé ; elle ne doit ni être ignorée ni être étendue sans analyse à toute prise de parole d’un infirmier. Consulter les recommandations de l’ONI.
Pour la santé des femmes, la périnatalité ou la nutrition
Une sage-femme peut être pertinente pour parler de grossesse, de post-partum ou de santé sexuelle et reproductive. Un diététicien peut intervenir sur l’éducation nutritionnelle, tandis qu’un médecin spécialiste sera parfois nécessaire pour traiter une pathologie ou une prise en charge médicale.
La qualification doit être vérifiée avec précision. Le titre de diététicien est encadré par le Code de la santé publique. Le seul qualificatif « nutritionniste » ne permet pas d’établir que la personne est diététicienne ou médecin.
Quelques profils français pour illustrer ces différences
Une sélection utile ne devrait pas devenir un palmarès. Les profils suivants illustrent différents territoires éditoriaux, sans préjuger de leur disponibilité ni de la faisabilité d’une collaboration donnée.
WhyDoc, créé par le Dr Corentin Lacroix, s’inscrit dans la vulgarisation médicale généraliste et les formats vidéo pédagogiques. Le projet présente notamment des contenus sur l’asthme, le diabète, la grossesse ou les vaccins et déclare des collaborations avec différentes institutions de santé sur son site officiel.
Le Dr Nawale Hadouiri, connue sous le nom Dr_Nawell2.0, intervient sur la prévention et la lutte contre la désinformation, notamment dans le domaine de la rééducation neurologique. Son travail a été présenté par VIDAL et l’AFP en mars 2025.
Parmi les talents présentés par La Perle Digitale, julien.scanzi illustre l’expertise spécialisée en gastroentérologie et santé intestinale ; docteur.kevin, la santé bucco-dentaire ; camoxicilline, la pharmacie d’officine ; clemence.ide et Olyvixen, deux réalités différentes de l’exercice infirmier.
Ces exemples montrent pourquoi une liste de noms ne suffit pas. Pour chaque campagne, il faut contrôler la profession, la spécialité, les sujets récurrents, l’audience dominante, les formats maîtrisés et les collaborations antérieures. Les nombres d’abonnés et autres données de plateforme doivent toujours être relevés et datés au moment du casting.
Comment départager deux profils de la même profession ?
Vérifier la qualification et la légitimité éditoriale
La première étape consiste à contrôler l’identité et la qualification dans l’Annuaire Santé ou auprès de l’Ordre compétent. Il faut ensuite examiner l’historique éditorial : ancienneté sur la thématique, sources utilisées, niveau de précision et capacité à corriger une information.
Un profil qui n’aborde un sujet que lors de collaborations commerciales offre moins de garanties de légitimité qu’un créateur qui travaille régulièrement cette thématique.
Demander des données natives
Le nombre d’abonnés ne permet pas de savoir qui regarde effectivement les contenus.
Les données natives récentes permettent d’examiner la localisation et l’âge de l’audience ainsi que la portée médiane des formats envisagés. La part de professionnels ne doit être indiquée que lorsqu’elle est documentée. Il faut ensuite rapprocher ces chiffres de la qualité des commentaires et des interactions, en séparant les résultats organiques de ceux obtenus avec une diffusion payante.
Les captures doivent être récentes et leur date clairement indiquée.
Comparer les formats maîtrisés
Il faut demander des exemples comparables au livrable attendu. Un Reel pédagogique, une interview scientifique et un webinar ne mobilisent ni les mêmes compétences ni le même niveau de préparation.
La capacité à respecter un brief ne signifie pas non plus réciter un argumentaire. Un professionnel de santé doit conserver une expression compatible avec son expertise et ses obligations.
Contrôler les conflits et les risques
L’audit doit enfin couvrir les collaborations concurrentes, les prises de position sensibles, les contenus scientifiquement contestables, les droits d’exploitation et la disponibilité du talent.
La faisabilité dépend également du produit. Pour les médicaments, les possibilités et les contrôles varient notamment selon la cible. Pour les dispositifs médicaux et les DMDIV, le régime dépend du type de dispositif, du remboursement, du niveau de risque et du public visé. L’ANSM détaille ces règles pour les médicaments et pour les DM et DMDIV.
La grille de sélection à retenir
Avant de retenir un influenceur professionnel de santé, six questions doivent recevoir une réponse documentée :
- Sa qualification et sa spécialité sont-elles vérifiées ?
- Possède-t-il une légitimité éditoriale sur le sujet ?
- Son audience correspond-elle à la cible de la campagne ?
- Maîtrise-t-il le format demandé ?
- Existe-t-il des conflits ou des risques réputationnels ?
- La collaboration est-elle envisageable au regard du produit, de la cible et de sa profession ?
Le profil le plus pertinent est celui qui apporte les meilleures réponses à l’ensemble de ces questions, pas nécessairement celui qui rassemble la plus grande communauté.
Choisir une adéquation plutôt qu’une personnalité
Un casting d’influence santé doit croiser trois dimensions : l’expertise du professionnel, la réalité de son audience et la faisabilité de sa participation. La profession seule ne suffit pas, tout comme la notoriété seule ne garantit ni la pertinence ni la performance.
Vous préparez une campagne et hésitez entre plusieurs profils ? La Perle Digitale peut challenger votre brief et votre shortlist à partir de la cible, des formats, des données d’audience et des contraintes propres au projet.
Mention de prudence : les éléments présentés constituent des repères éditoriaux et opérationnels généraux. Toute campagne doit faire l’objet d’une validation adaptée par les équipes juridiques, réglementaires, médicales et, lorsque nécessaire, par l’Ordre professionnel concerné.